Plus de cinquante ans après Apollo 17, la NASA prépare le retour de l'Homme sur la Lune. Le programme Artemis, lancé en 2017, ne se contente pas de rejouer la course à l'espace des années 1960 : il vise à établir une présence humaine durable autour et sur notre satellite naturel, en coopération avec des agences internationales et des partenaires privés. Objectif final : préparer les voyages habités vers Mars. D'Artemis I à Artemis III et au-delà, voici tout ce qu'il faut savoir sur l'une des aventures spatiales les plus ambitieuses de l'histoire.
Pourquoi Artemis : de l'Héritage Apollo à la Vision Mars
Les projets avortés des années 2000
Le programme Artemis n'est pas né dans le vide. Il hérite d'une longue série de tentatives avortées de retour vers la Lune. Dans les années 2000, le programme Constellation, lancé sous George W. Bush, prévoyait déjà un retour lunaire avec une fusée Ares et une capsule Orion. Toutefois, des dépassements budgétaires chroniques et un manque de financement ont conduit Barack Obama à l'annuler en 2010. Pendant une décennie, la NASA s'est concentrée sur l'ISS et les missions robotiques, sans cap lunaire clair.
Le tournant intervient en décembre 2017, lorsque Donald Trump signe la directive de politique spatiale n°1, réorientant les ambitions de la NASA vers la Lune. Contrairement aux programmes précédents, cette directive insiste sur la collaboration avec des partenaires commerciaux et des agences internationales. En outre, elle place explicitement la Lune comme étape intermédiaire vers Mars. C'est dans ce cadre qu'Artemis prend forme, avec un horizon bien plus large qu'un simple retour lunaire.
Artemis : pourquoi ce nom ?
Dans la mythologie grecque, Artémis est la sœur jumelle d'Apollon et déesse de la Lune. Ce choix est délibéré : le programme Artemis est le successeur direct d'Apollo, avec la volonté explicite d'y envoyer la première femme et le premier astronaute afro-américain à marcher sur la Lune. Là où Apollo était le programme de la course à l'espace de la Guerre Froide, Artemis se veut celui d'une nouvelle ère d'exploration inclusive et durable.
Une architecture inédite : SLS, Orion et les partenaires privés
Pour accomplir ses missions, Artemis repose sur deux éléments centraux développés par la NASA. D'abord, le Space Launch System (SLS), la fusée la plus puissante jamais construite par l'agence, capable d'emporter plus de 95 tonnes en orbite terrestre basse. Ensuite, la capsule Orion, conçue pour transporter jusqu'à quatre astronautes au-delà de l'orbite terrestre basse, avec un module de service fourni par l'ESA.
Toutefois, Artemis innove surtout par ce qu'il ne fait pas lui-même. Pour les alunisseurs, la NASA a fait appel au secteur privé via le programme Human Landing System (HLS). SpaceX a remporté le premier contrat avec une version modifiée de son Starship. Par ailleurs, la future station Gateway, prévue en orbite lunaire, sera construite en coopération avec des agences canadienne, européenne, japonaise et australienne. Artemis réunit ainsi ce qu'Apollo n'avait pas : une coopération internationale élargie et une industrie spatiale privée mature.
Artemis I : 161 Objectifs Validés, la Voie Libre pour l'Équipage
Le 16 novembre 2022, après des années de retards et de difficultés techniques, le SLS s'arrache enfin de son pad de lancement. Sans équipage, Artemis I envoie la capsule Orion en orbite distante autour de la Lune pour 25,5 jours. La fusée vole pour la première fois. Le vaisseau aussi s'aventure aussi loin pour la première fois. Les enjeux sont considérables.
Le bilan est remarquable. La NASA valide 161 objectifs de test, couvrant la propulsion du module de service européen, la séparation des étages, la navigation autonome, la rentrée atmosphérique à 40 000 km/h et le déploiement des parachutes. Plusieurs paramètres s'avèrent même meilleurs que prévu. En décembre 2022, Orion amerrit dans l'océan Pacifique. SLS et Orion sont officiellement déclarés aptes au vol habité.
Ce qu'Artemis I a réellement prouvé
En parcourant plus de 2,25 millions de kilomètres en 25,5 jours, dont deux passages à environ 80 kilomètres de la surface lunaire, Artemis I a démontré que le système intégré SLS-Orion-segment sol fonctionnait comme prévu. Chaque donnée collectée a permis d'affiner les modèles, d'identifier les marges de sécurité réelles et de préparer le vol habité avec une précision que seule une mission réelle peut apporter.
Artemis II : Quatre Astronautes en Route vers la Lune
Artemis II reprend le scénario d'Apollo 8 : une mission habitée autour de la Lune sans alunissage. Quatre astronautes, Reid Wiseman (commandant), Victor Glover (pilote), Christina Koch et Jeremy Hansen (Agence Spatiale Canadienne), s'élanceront à bord d'Orion pour un vol de dix jours. Cette mission valide les systèmes de support vie, de navigation et de communication en présence d'un équipage.
La mission suit une trajectoire dite free-return : si une défaillance survenait après l'injection translunaire, la physique orbitale ramènerait naturellement Orion vers la Terre sans manœuvre de propulsion supplémentaire. Avec un lancement ciblé en avril 2026, Artemis II marquera le retour de l'humanité au-delà de l'orbite terrestre basse pour la première fois depuis décembre 1972. Victor Glover sera le premier astronaute afro-américain à voyager aussi loin. Christina Koch sera la première femme à quitter l'orbite terrestre basse. Jeremy Hansen sera le premier non-Américain à participer à une mission lunaire.
Artemis III (LEO) et IV : vers le Premier Alunissage au Pôle Sud
Artemis III : Tests Cruciaux en Orbite Terrestre Basse
En février 2026, la NASA a annoncé une reconfiguration majeure d'Artemis III. Cette mission, initialement prévue comme le premier alunissage habité, devient une mission en orbite terrestre basse (LEO) ciblée pour mi-2027. Son objectif : tester le rendez-vous et l'amarrage entre le vaisseau Orion et les alunisseurs commerciaux, le Starship HLS de SpaceX et le Blue Moon de Blue Origin. Cette étape de validation est jugée indispensable avant de risquer une descente habitée sur la surface lunaire.
Ce changement de cap résulte de plusieurs facteurs : retards dans le développement du Starship HLS, alertes de sécurité liées au bouclier thermique d'Orion et volonté de la NASA de ne pas précipiter le premier alunissage habité depuis 1972. En conséquence, le premier retour d'astronautes sur la Lune est officiellement reporté à Artemis IV en 2028.
Artemis IV : le Premier Alunissage au Pôle Sud
C'est donc Artemis IV en 2028 qui portera le premier retour d'astronautes sur la Lune depuis Apollo 17. Forts des tests d'amarrage validés lors d'Artemis III, deux membres de l'équipage descendront à la surface grâce au Starship HLS, tandis que les deux autres resteront en orbite dans Orion. La cible reste le pôle Sud lunaire, jamais foulé par des humains, riche en glace d'eau dans des cratères perpétuellement ombragés.
Le choix du pôle Sud reste stratégique. Des décennies d'observation orbitale ont confirmé la présence de glace d'eau dans des cratères qui n'ont jamais vu le Soleil. Cette ressource est cruciale : elle peut fournir de l'eau potable, de l'oxygène respiratoire et même de l'hydrogène pour le carburant de fusée. La glace lunaire est ainsi une condition préalable à toute présence durable sur la Lune. Par ailleurs, Artemis IV initiera aussi la construction de la station Gateway en orbite lunaire, posant les fondations d'une infrastructure durable autour de notre satellite.
Chronologie des Missions Artemis
L'Objectif Final : Mars
Artemis n'est pas une fin en soi. L'objectif explicite de la NASA est d'utiliser la Lune comme terrain d'entraînement pour Mars. Chaque technologie testée en orbite lunaire ou sur la surface prépare une mission encore plus complexe : envoyer des êtres humains sur la planète rouge, à des mois de voyage, sans possibilité de retour rapide.
La production de carburant à partir de ressources locales, les systèmes de support vie autonomes, les habitats de surface, la navigation sans GPS : toutes ces technologies seront testées sur la Lune avant d'être embarquées pour Mars. En ce sens, Artemis représente bien plus qu'un programme lunaire. C'est le premier chapitre d'une expansion permanente de l'humanité dans le Système Solaire.
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