Dans cinq jours, une fusée de 98 mètres s'arrachera du sol de Floride pour envoyer quatre astronautes vers la Lune. Ce sera la première fois depuis décembre 1972 que des êtres humains quittent l'orbite terrestre basse. Artemis II, prévue le 1er avril 2026 à 18h24 EDT, n'est pas simplement un retour sur la Lune : c'est le premier chapitre d'un programme qui vise Mars. Voici tout ce qu'il faut savoir avant le grand départ.
Artemis : Le Programme qui Vise Mars via la Lune
Une directive signée en 2017, un nom annoncé en 2019
Le programme Artemis est né officiellement le 11 décembre 2017, lorsque Donald Trump signe la Space Policy Directive-1. Cette directive réoriente la NASA vers la Lune, après une décennie sans cap lunaire clair depuis l'annulation du programme Constellation en 2010. Toutefois, le nom "Artemis" n'apparaît qu'en mai 2019, annoncé par l'administrateur Jim Bridenstine. Dans la mythologie grecque, Artémis est la sœur jumelle d'Apollon et déesse de la Lune. Ce choix est délibéré : le programme portera notamment la première femme et le premier astronaute afro-américain sur la Lune.
Contrairement à Apollo, qui était une course contre l'URSS, Artemis est conçu dès le départ comme un programme international et durable. En effet, l'ESA fournit le module de service d'Orion, le Canada apporte le bras robotique de Gateway, tandis que le Japon et l'Australie participent aux infrastructures. Par ailleurs, des entreprises privées comme SpaceX et Blue Origin jouent un rôle central pour les alunisseurs. Enfin, l'objectif ultime est explicitement déclaré : utiliser la Lune comme terrain d'entraînement pour Mars.
Artemis I : la validation en chiffres
Lancée le 16 novembre 2022, Artemis I a envoyé la capsule Orion sans équipage en orbite lunaire pendant 25 jours, 10 heures et 53 minutes. La mission a parcouru 2,25 millions de kilomètres et effectué deux survols à environ 130 km de la surface lunaire. Elle a également atteint une distance maximale de 435 000 km de la Terre, un record pour un vaisseau conçu pour transporter des humains. Au retour, Orion a percuté l'atmosphère à Mach 32 avant d'amerrir dans le Pacifique. Au total, 161 objectifs de test ont été validés. SLS et Orion ont ainsi été déclarés aptes au vol habité.
L'Équipage : Quatre Astronautes, Quatre Premières Historiques
18 mois d'entraînement intensif
Depuis leur sélection, les quatre astronautes ont suivi un programme de préparation rigoureux au Johnson Space Center de Houston. Ils ont notamment passé des centaines d'heures dans le simulateur pleine échelle d'Orion. En parallèle, ils ont répété des scénarios d'urgence dans une approche dite trial-by-fire : chaque défaillance possible est simulée jusqu'à ce que la réaction devienne instinctive. De plus, des vols en jets T-38 à Ellington Field ont maintenu leur aptitude à gérer des situations de haute pression. Par ailleurs, un entraînement en mer a reproduit les conditions d'amerrissage et de récupération dans le Pacifique.
La Mission Artemis II : Dix Jours Autour de la Lune
Le profil de mission d'Artemis II reprend celui d'Apollo 8 : un tour habité de la Lune sans alunissage. La capsule Orion, baptisée "Integrity" par l'équipage, suivra une trajectoire dite free-return. Concrètement, si une défaillance survenait après l'injection translunaire, la physique orbitale ramènerait automatiquement le vaisseau vers la Terre. Aucune manœuvre de propulsion ne serait alors nécessaire. Il s'agit d'ailleurs de la même trajectoire de sécurité qu'Apollo 13 avait utilisée en urgence en 1970.
Durant ces dix jours, l'équipage validera en conditions réelles tous les systèmes qui n'avaient jamais volé avec des humains à bord : le support vie, la communication en espace profond et la navigation autonome. Chaque donnée collectée alimentera directement la préparation d'Artemis IV, la mission d'alunissage. En outre, les astronautes traverseront les ceintures de Van Allen. Cette exposition aux radiations, que les astronautes de l'ISS ne connaissent pas, constituera ainsi un test médical précieux pour les futures missions longues.
Le vaisseau Orion "Integrity"
L'équipage a baptisé leur capsule Orion "Integrity", un nom qui reflète leur engagement envers la rigueur exigée par une telle mission. Orion peut accueillir jusqu'à quatre astronautes pendant 21 jours en mode actif, ou six mois en mode quiescent avec un module de service externe. Par ailleurs, son bouclier thermique résiste à des températures dépassant 2 700°C lors de la rentrée atmosphérique à Mach 32, soit près de 40 000 km/h.
Et Après ? Artemis III, IV et la Route vers Mars
Pourquoi le pôle Sud lunaire ?
Le pôle Sud lunaire est la cible de toutes les missions futures pour une raison simple : la glace d'eau. En effet, des données confirmées par plusieurs orbiteurs, dont le Lunar Reconnaissance Orbiter, ont établi la présence de glace dans les cratères de Shackleton, Cabeus, Haworth et Faustini. Ces cratères n'ont jamais reçu la lumière du Soleil depuis des milliards d'années. Environ 3,5% de ces zones d'ombre permanente contiendraient de la glace à des températures inférieures à -163°C. Or, cette ressource est stratégique : elle peut fournir de l'eau potable, de l'oxygène respiratoire et de l'hydrogène pour le carburant. En d'autres termes, la glace lunaire rend possible une présence humaine durable sur la Lune, et prépare ainsi l'autonomie des futures missions martiennes.
Pour aller plus loin


