Artemis II : tout savoir avant le lancement du 1er avril

Dans cinq jours, une fusée de 98 mètres s’arrachera du sol de Floride pour envoyer quatre astronautes vers la Lune. Ce sera la première fois depuis décembre 1972 que des êtres humains quittent l’orbite terrestre basse. Artemis II, prévue le 1er avril 2026 à 18h24 EDT (00h24 heure française le 2 avril), n’est pas simplement un retour sur la Lune : c’est le premier chapitre d’un programme qui vise Mars. Équipage, profil de mission, objectifs : voici tout ce qu’il faut savoir avant le grand départ.
27 mars 2026
Artemis II : tout savoir avant le lancement du 1er avril 2026

Dans cinq jours, une fusée de 98 mètres s'arrachera du sol de Floride pour envoyer quatre astronautes vers la Lune. Ce sera la première fois depuis décembre 1972 que des êtres humains quittent l'orbite terrestre basse. Artemis II, prévue le 1er avril 2026 à 18h24 EDT, n'est pas simplement un retour sur la Lune : c'est le premier chapitre d'un programme qui vise Mars. Voici tout ce qu'il faut savoir avant le grand départ.

Lancement Artemis II
1er avril 2026 — 18h24 EDT
00h24 heure française le 2 avril · Pad LC-39B, Kennedy Space Center
Artemis II SLS Space Launch System pad LC-39B Kennedy Space Center lancement 1er avril 2026
Le Space Launch System (SLS) et le vaisseau Orion dans le High Bay 3 du Vehicle Assembly Building. Depuis le 20 mars 2026, la fusée est installée au pad LC-39B et attend le lancement du 1er avril. © NASA
10 jours Durée de la mission Artemis II
54 ans Depuis le dernier vol humain vers la Lune
98 m Hauteur du lanceur SLS Block 1
400 000 km Distance maximale de la Terre atteinte

Artemis : Le Programme qui Vise Mars via la Lune

Une directive signée en 2017, un nom annoncé en 2019

Le programme Artemis est né officiellement le 11 décembre 2017, lorsque Donald Trump signe la Space Policy Directive-1. Cette directive réoriente la NASA vers la Lune, après une décennie sans cap lunaire clair depuis l'annulation du programme Constellation en 2010. Toutefois, le nom "Artemis" n'apparaît qu'en mai 2019, annoncé par l'administrateur Jim Bridenstine. Dans la mythologie grecque, Artémis est la sœur jumelle d'Apollon et déesse de la Lune. Ce choix est délibéré : le programme portera notamment la première femme et le premier astronaute afro-américain sur la Lune.

Contrairement à Apollo, qui était une course contre l'URSS, Artemis est conçu dès le départ comme un programme international et durable. En effet, l'ESA fournit le module de service d'Orion, le Canada apporte le bras robotique de Gateway, tandis que le Japon et l'Australie participent aux infrastructures. Par ailleurs, des entreprises privées comme SpaceX et Blue Origin jouent un rôle central pour les alunisseurs. Enfin, l'objectif ultime est explicitement déclaré : utiliser la Lune comme terrain d'entraînement pour Mars.

Artemis I : la validation en chiffres

Lancée le 16 novembre 2022, Artemis I a envoyé la capsule Orion sans équipage en orbite lunaire pendant 25 jours, 10 heures et 53 minutes. La mission a parcouru 2,25 millions de kilomètres et effectué deux survols à environ 130 km de la surface lunaire. Elle a également atteint une distance maximale de 435 000 km de la Terre, un record pour un vaisseau conçu pour transporter des humains. Au retour, Orion a percuté l'atmosphère à Mach 32 avant d'amerrir dans le Pacifique. Au total, 161 objectifs de test ont été validés. SLS et Orion ont ainsi été déclarés aptes au vol habité.

L'Équipage : Quatre Astronautes, Quatre Premières Historiques

Reid Wiseman commandant Artemis II NASA
🇺🇸
Reid Wiseman
Commandant
Premier commandant d'une mission lunaire habitée depuis Gene Cernan en 1972
Victor Glover pilote Artemis II NASA
🇺🇸
Victor Glover
Pilote
Premier astronaute afro-américain à quitter l'orbite terrestre basse
Christina Koch spécialiste mission Artemis II NASA
🇺🇸
Christina Koch
Spécialiste de mission
Première femme à voyager au-delà de l'orbite terrestre basse
Jeremy Hansen spécialiste mission Artemis II Agence Spatiale Canadienne
🇨🇦
Jeremy Hansen
Spécialiste de mission
Premier non-Américain à participer à une mission lunaire

18 mois d'entraînement intensif

Depuis leur sélection, les quatre astronautes ont suivi un programme de préparation rigoureux au Johnson Space Center de Houston. Ils ont notamment passé des centaines d'heures dans le simulateur pleine échelle d'Orion. En parallèle, ils ont répété des scénarios d'urgence dans une approche dite trial-by-fire : chaque défaillance possible est simulée jusqu'à ce que la réaction devienne instinctive. De plus, des vols en jets T-38 à Ellington Field ont maintenu leur aptitude à gérer des situations de haute pression. Par ailleurs, un entraînement en mer a reproduit les conditions d'amerrissage et de récupération dans le Pacifique.

La Mission Artemis II : Dix Jours Autour de la Lune

Le profil de mission d'Artemis II reprend celui d'Apollo 8 : un tour habité de la Lune sans alunissage. La capsule Orion, baptisée "Integrity" par l'équipage, suivra une trajectoire dite free-return. Concrètement, si une défaillance survenait après l'injection translunaire, la physique orbitale ramènerait automatiquement le vaisseau vers la Terre. Aucune manœuvre de propulsion ne serait alors nécessaire. Il s'agit d'ailleurs de la même trajectoire de sécurité qu'Apollo 13 avait utilisée en urgence en 1970.

Artemis II vaisseau Orion vue Terre Lune orbite lunaire mission habitée 2026
Vue du vaisseau Orion avec la Terre et la Lune lors de la mission Artemis I en novembre 2022. Artemis II reproduira ce même voyage, avec quatre astronautes à bord cette fois. © NASA TV/AFP

Durant ces dix jours, l'équipage validera en conditions réelles tous les systèmes qui n'avaient jamais volé avec des humains à bord : le support vie, la communication en espace profond et la navigation autonome. Chaque donnée collectée alimentera directement la préparation d'Artemis IV, la mission d'alunissage. En outre, les astronautes traverseront les ceintures de Van Allen. Cette exposition aux radiations, que les astronautes de l'ISS ne connaissent pas, constituera ainsi un test médical précieux pour les futures missions longues.

Le vaisseau Orion "Integrity"

L'équipage a baptisé leur capsule Orion "Integrity", un nom qui reflète leur engagement envers la rigueur exigée par une telle mission. Orion peut accueillir jusqu'à quatre astronautes pendant 21 jours en mode actif, ou six mois en mode quiescent avec un module de service externe. Par ailleurs, son bouclier thermique résiste à des températures dépassant 2 700°C lors de la rentrée atmosphérique à Mach 32, soit près de 40 000 km/h.

Et Après ? Artemis III, IV et la Route vers Mars

1er avril 2026 Artemis II — Tour habité de la Lune 10 jours, free-return trajectory, validation de tous les systèmes avec équipage. Premières historiques pour Glover, Koch et Hansen.
Mi-2027 Artemis III — Test d'amarrage en orbite terrestre basse Rendez-vous et amarrage entre Orion et les alunisseurs Starship HLS (SpaceX) et Blue Moon (Blue Origin). Étape clé avant tout alunissage habité.
2028 Artemis IV — Premier alunissage au pôle Sud Retour de l'Homme sur la Lune pour la première fois depuis Apollo 17 (1972). Exploration de la glace d'eau. Début de construction de Gateway.
Années 2030 Missions humaines vers Mars Les technologies ISRU, habitats et systèmes de support vie testés sur la Lune serviront pour les premières missions habitées vers la planète rouge.

Pourquoi le pôle Sud lunaire ?

Pôle Sud lunaire cratères ombragés glace eau Artemis IV alunissage 2028 NASA
Région du pôle Sud lunaire (au-delà de 70°S), mosaïque de 1 500 images de la sonde Clementine. Les zones noires correspondent aux cratères perpétuellement ombragés où de la glace d'eau a été confirmée. C'est cette région que visera Artemis IV en 2028. © NASA/Clementine

Le pôle Sud lunaire est la cible de toutes les missions futures pour une raison simple : la glace d'eau. En effet, des données confirmées par plusieurs orbiteurs, dont le Lunar Reconnaissance Orbiter, ont établi la présence de glace dans les cratères de Shackleton, Cabeus, Haworth et Faustini. Ces cratères n'ont jamais reçu la lumière du Soleil depuis des milliards d'années. Environ 3,5% de ces zones d'ombre permanente contiendraient de la glace à des températures inférieures à -163°C. Or, cette ressource est stratégique : elle peut fournir de l'eau potable, de l'oxygène respiratoire et de l'hydrogène pour le carburant. En d'autres termes, la glace lunaire rend possible une présence humaine durable sur la Lune, et prépare ainsi l'autonomie des futures missions martiennes.


Pour aller plus loin

Julien Mahieux
Julien Mahieux
Fondateur de Conte de l'Espace

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Dans la nuit du 1er au 2 avril 2026, à 00h35 heure française, la fusée SLS a quitté le pad 39B de Kennedy Space Center avec quatre astronautes à son bord. Reid Wiseman, Victor Glover, Christina Koch et Jeremy Hansen sont désormais en route vers la Lune. C’est le premier vol humain en espace profond depuis Apollo 17 en décembre 1972, soit 54 ans d’attente. Tout s’est déroulé normalement.

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